La filière automobile européenne traverse une zone de turbulences sans précédent. Entre la hausse des coûts, l’inflation persistante et la transition accélérée vers l’électrique, les équipementiers se sentent pris en étau. Leur principale inquiétude ? La montée en puissance de la Chine, devenue en quelques années le premier exportateur mondial de véhicules et de pièces détachées.
Réunis à Paris début juin 2025, les membres du Clifa (Comité de liaison des industries fournisseurs de l’automobile) ont tiré la sonnette d’alarme. Leur revendication est claire : imposer une règle européenne exigeant que 80 % des pièces d’un véhicule soient produites en Europe.
Selon l’étude du Gerpisa, si rien n’est fait, entre 30 000 et 45 000 emplois pourraient disparaître dans les cinq prochaines années.
La Chine, un concurrent redoutable
L’Empire du Milieu bénéficie d’un soutien massif de son gouvernement : subventions directes, fiscalité avantageuse, services financiers dédiés et capital-risque. Résultat : une expansion fulgurante de ses marques automobiles et de ses fournisseurs de pièces.
En 2024, l’Union européenne affichait un déficit de 1,6 milliard d’euros sur les pièces détachées avec la Chine, alors qu’elle était encore excédentaire dix ans plus tôt. Les batteries lithium-ion, cœur de la mobilité électrique, creusent à elles seules un déficit de 21 milliards d’euros.
Même l’Allemagne, pourtant excédentaire, voit ses marges s’éroder face à cette concurrence.
Pourquoi 80 % de contenu local ?
Aujourd’hui, les voitures européennes doivent contenir 60 % de pièces locales pour bénéficier des accords de libre-échange. Les équipementiers demandent d’aller plus loin : 80 %, afin de protéger la filière et forcer les constructeurs étrangers à s’approvisionner sur le continent.
Un tel dispositif empêcherait les marques chinoises de contourner les taxes douanières sur les véhicules électriques en installant simplement une usine en Europe. Elles seraient contraintes d’utiliser des composants produits localement.
Comme le rappelle Tommaso Pardi, directeur du Gerpisa :
« Les États-Unis, le Japon et la Corée ont déjà mis en place des politiques de contenu local. L’Europe est la seule à ne pas protéger ses fournisseurs. »
Une bataille politique à venir
La mise en place de cette règle ne dépend pas seulement des équipementiers. Elle nécessiterait un consensus au sein de l’Union européenne, mais aussi l’adhésion des constructeurs automobiles. Ces derniers, soucieux de réduire leurs coûts, ne partagent pas toujours la vision des fournisseurs.
Reste que, pour Jean-Louis Pech, président de la Fiev :
« Sans filet de protection, la situation française est catastrophique et l’Europe entière est en danger. »
✅ À retenir :
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Les équipementiers réclament 80 % de pièces locales dans les véhicules européens.
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La concurrence chinoise menace jusqu’à 45 000 emplois dans les 5 ans.
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L’UE est déficitaire de 1,6 milliard d’euros sur les pièces détachées.
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Les batteries importées de Chine représentent un déficit de 21 milliards d’euros.
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La décision finale dépendra d’un consensus européen et des constructeurs.




