Source d’énergie prometteuse pour décarboner l’industrie et la mobilité, l’hydrogène peine à s’imposer en France. Dans un rapport publié en août 2025, la Cour des comptes dénonce les objectifs “irréalistes” de production d’hydrogène décarboné fixés par l’État.
Selon les magistrats de la rue Cambon, malgré les ajustements successifs de la stratégie nationale hydrogène (SNH), les ambitions restent largement hors de portée.
Des ambitions bien au-dessus de la réalité
La stratégie française table sur 4,5 gigawatts (GW) de capacité installée d’ici 2030 et 8 GW en 2035. Or, selon la Cour, seuls 0,5 GW sont réellement sécurisés à horizon 2030.
Même en tenant compte des projets en cours, la France ne pourrait espérer que 3,1 GW maximum d’ici 2030, très loin des promesses affichées.
Un constat partagé à l’échelle européenne : Bruxelles aussi vise haut, mais sans bases concrètes suffisantes.
Autre critique majeure : le soutien public se concentre trop sur le transport routier, alors que l’hydrogène y reste marginal face aux batteries électriques.
Près de 46 % des 900 millions d’euros déjà engagés pour la filière hydrogène concernent la route. Des fonds dirigés vers :
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des usines de piles à combustible pour poids lourds,
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des projets “écosystèmes territoriaux” soutenus par l’Ademe,
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et des programmes de R&D dédiés majoritairement à la mobilité routière.
Pour la Cour, ces choix détournent les aides des secteurs prioritaires : industrie lourde, infrastructures de stockage et réseaux de transport.
Si ce manque de ciblage perdure, la facture pourrait grimper au-delà des 9 milliards d’euros annoncés en 2023 pour soutenir la filière.
En revanche, les magistrats recommandent d’investir davantage dans les infrastructures de transport et de stockage d’hydrogène, essentielles pour stabiliser le réseau électrique lors des pics de consommation et des creux de production.
✅ À retenir :
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Les objectifs français en hydrogène décarboné sont jugés hors de portée.
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Seulement 0,5 GW sécurisés d’ici 2030, contre 4,5 GW visés.
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Près de la moitié des aides profite au transport routier, peu adapté à l’hydrogène.
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Le coût pourrait dépasser 9 milliards d’euros si rien ne change.
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La priorité devrait aller à l’industrie lourde et aux infrastructures plutôt qu’aux véhicules.
