Après plusieurs abandons de projets, la filière du recyclage des batteries tente de renaître. Avec l’inauguration de la première usine de la start-up Battri dans le Pas-de-Calais, la France relance la course à la souveraineté sur les matériaux critiques.
Une filière en quête de rebond
La France avait connu un coup d’arrêt dans sa stratégie de recyclage des batteries électriques. Les projets annoncés par Stellantis-Orano ou encore Suez-Eramet ont été suspendus fin 2024, laissant craindre un vide industriel.
Mais la dynamique reprend grâce à Battri, jeune pousse française qui a inauguré le 20 juin 2025 sa première usine de traitement de batteries automobiles à Saint-Laurent-Blangy (Pas-de-Calais). Installée sur 15 000 m², l’usine se spécialise dans la production de black mass – une poudre noire riche en nickel, cobalt, lithium, manganèse et graphite. Véritable « mine urbaine du XXIe siècle », cette matière est le point de départ pour réintroduire des métaux critiques dans la chaîne de fabrication des batteries neuves.
Entre espoirs et projets suspendus
Le projet Battri, financé à hauteur de 20 millions d’euros, remplace temporairement deux projets concurrents tombés à l’eau :
-
Suez-Eramet dans le Nord,
-
Stellantis-Orano également abandonné sans communication officielle.
D’autres initiatives cherchent néanmoins à s’implanter :
-
Mecaware, une start-up lyonnaise, prévoit de s’installer à Béthune sur l’ancien site Bridgestone fermé en 2021.
-
Derichebourg s’est associé à LG pour construire une usine de black mass à Bruyères-sur-Oise (Val-d’Oise).
Le recyclage, clé de la souveraineté énergétique
Présente à l’inauguration, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, a rappelé qu’il y a encore sept ans, aucune usine de batteries n’existait en France. Aujourd’hui, les géants ACC, AESC, Verkor et Prologium y produisent déjà.
Avec Battri, la France franchit une étape supplémentaire vers une filière complète : fabriquer et recycler sur le territoire. Objectifs affichés :
-
réindustrialiser le pays,
-
réduire les émissions de gaz à effet de serre,
-
et surtout, réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Cette dynamique est soutenue par le Critical Raw Materials Act (CRMA), entré en vigueur le 23 mai 2025, qui impose que d’ici 2030 :
-
25 % des métaux critiques proviennent du recyclage,
-
40 % soient raffinés en Europe,
-
et 10 % soient extraits de mines européennes.
Une nouvelle REP dès août 2025
Autre tournant majeur : à partir du 18 août 2025, une filière REP (Responsabilité élargie du producteur) sera mise en place pour les batteries automobiles. Concrètement, le principe du pollueur-payeur s’appliquera, ce qui permettra d’augmenter fortement l’accès aux ressources issues des batteries usagées.
Selon la ministre, cette réforme pourrait multiplier par dix la ressource disponible pour les industriels.
Le défi : transformer la black mass en batteries neuves
Si la France avance, des maillons essentiels manquent encore pour boucler la boucle. L’Europe ne dispose pas encore d’assez d’usines capables de transformer la black mass en matériaux actifs (précurseurs de cathodes et d’anodes). Cette étape clé reste aujourd’hui massivement dominée par la Chine.
Résultat : dans l’immédiat, Battri exportera sa production vers les États-Unis et la Corée, en attendant l’émergence de raffineries européennes.
La Commission européenne travaille à intégrer des clauses de recyclage obligatoire dans les marchés publics liés aux batteries, afin de stimuler la création de cette industrie sur le continent.
Le lancement de l’usine Battri marque un pas important pour l’avenir du recyclage des batteries en France. Si le chemin vers une véritable souveraineté énergétique est encore long, les initiatives se multiplient et s’inscrivent désormais dans un cadre réglementaire européen clair.
✅ À retenir :
-
La start-up Battri a inauguré sa première usine de recyclage de batteries dans le Pas-de-Calais.
-
L’usine produit de la black mass, matière clé pour le recyclage des métaux critiques.
-
Le CRMA impose des objectifs ambitieux pour 2030 (25 % recyclage, 40 % raffinage en Europe).
-
Une nouvelle filière REP entrera en vigueur en août 2025 pour les batteries automobiles.
-
Le principal défi reste l’absence en Europe d’usines capables de transformer la black mass en matériaux actifs.


