Le raffinage du lithium démarre en Allemagne

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raffinerie de lithium Allemagne

Il est essentiel de contrôler l’approvisionnement en lithium afin de réduire la dépendance vis-à-vis d’autres pays, ce qui est crucial pour la transition vers les véhicules électriques. En Allemagne, l’ouverture prochaine d’une usine de raffinage de cette matière précieuse contribuera à atteindre cet objectif.

L’Allemagne se prépare à devenir un acteur clé de la transition vers l’électrique en Europe

L’obligation pour l’industrie automobile européenne de se tourner vers l’électrique d’ici 2035 soulève de nombreuses questions, notamment sur l’indépendance du continent dans ce domaine. La production de batteries est essentielle, mais cela nécessite notamment du lithium et sa capacité de raffinage. En France, chaque projet d’exploitation de cette précieuse matière est l’objet de débats, comme récemment en Creuse.

Cependant, l’Allemagne se prépare déjà à cette transition. La ville de Bitterfeld-Wolfen, autrefois synonyme de désastre écologique, est en passe de devenir un site clé de la transition verte du pays. C’est là que la première raffinerie de lithium à grande échelle du pays est installée, destinée à jouer un rôle central dans les plans européens d’extraction et de raffinage des matières premières nécessaires aux véhicules électriques.

Stefan Scherer, PDG d’AMG Lithium, explique que l’essor de la demande de batteries était prévisible, et que son entreprise a lancé ce projet d’usine il y a plus de quatre ans pour surfer sur cette vague. Bitterfeld-Wolfen a été choisie en raison de sa proximité avec les clients, les acteurs de l’industrie automobile allemande.

L’Europe, qui dépend de plus en plus des importations de métaux rares, voit cela comme un handicap croissant face aux tensions géopolitiques, notamment avec la Chine. La Chine n’est pas le plus grand producteur de lithium brut, mais elle détient la majorité de la capacité de traitement mondiale et une grande partie de la production de batteries.

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Objectif : assurer 40 % du raffinage des matériaux critiques en Europe d’ici 2030

L’Union européenne a présenté l’an dernier des propositions pour sécuriser les approvisionnements, augmenter l’extraction et le traitement des matières premières critiques pour l’industrie européenne, du lithium au cobalt en passant par le nickel des batteries automobiles. Stefan Scherer affirme déjà discuter avec des responsables politiques des ressources financières nécessaires à l’expansion future de son entreprise.

Cette ruée vers le lithium pourrait bouleverser le destin de Bitterfeld-Wolfen, une localité de moins de 40 000 habitants qui était autrefois l’un des bastions sinistrés de l’industrie chimique est-allemande et l’une des villes les plus polluées d’Allemagne. Selon Stefan Scherer, le premier module de l’usine AMG pourra produire 20 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an, soit environ un demi-million de batteries de voiture. D’autres modules pourront être ajoutés par la suite pour atteindre une capacité de 100 000 tonnes, couvrant jusqu’à 20 % de la demande en Europe.

L’objectif de l’UE est d’assurer 40 % du raffinage des matériaux critiques sur son territoire. De nouveaux projets miniers et industriels se multiplient en Europe, du Portugal au centre de la France, pour extraire et transformer le lithium. Pour l’industrie allemande, relocaliser la production de lithium accroît sa résilience en cas de tensions dans la chaîne d’approvisionnement internationale, selon Yoann Gimbert, spécialiste de l’e-mobilité au sein du groupe de réflexion Transport and Environment.

Dans une ancienne région minière de l’est de l’Allemagne, à Zinnwald, un projet soutenu par AMG vise à exploiter un gisement de lithium jugé prometteur. S’approvisionner localement en grandes quantités de lithium sera difficile, mais des projets comme celui de Zinnwald pourraient être essentiels. Anton du Plessis, PDG de Zinnwald Lithium, affirme que l’UE doit s’assurer de disposer de toute la chaîne d’approvisionnement, y compris l’extraction, pour donner aux industries vertes un ancrage local.

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Selon Cornelius Baehr, analyste chez IW Consult, les nouvelles capacités de traitement prévues en Europe pourraient couvrir entièrement la demande. Cependant, la réalisation des projets en cours reste incertaine et les délais de mise en place de nouveaux sites de production signifient que l’objectif de l’UE pour 2030 ne sera pas facile à atteindre.