Chery, le fabricant automobile chinois, positionne enfin son usine espagnole comme une étape majeure dans son implantation européenne. Après plusieurs reports et un contexte industriel complexe, l’ancien site de Nissan à Barcelone reprend vie sous l’égide de Chery. Cette usine doit permettre au groupe de produire localement et d’adresser un marché européen de plus en plus exigeant, notamment en matière de véhicules électrifiés.
En bref :
- Chery officialise son lancement industriel sur le sol espagnol après des années de préparation.
- La production démarrera à Barcelone avec un mix de modèles essence, hybride et électrique.
- Le premier véhicule produit à Barcelone sera le SUV Omoda 5, suivi du Jaecoo 7.
- Le constructeur cible une capacité de 150 000 véhicules par an dès la fin de la décennie.
- Cette implantation en Europe répond aux enjeux de localisation et aux barrières tarifaires sur les véhicules importés de Chine.
Chery s’installe en Espagne : une décision stratégique dans l’industrie automobile européenne
Depuis l’annonce de son centre de R&D installé à Francfort en 2018, Chery a méthodiquement préparé son ancrage industriel en Europe. Cet horizon se matérialise aujourd’hui avec la conversion de l’ancienne usine Nissan de Barcelone. Un site préexistant facilite considérablement cette transition, évitant à Chery les lourds investissements nécessaires à la construction ex nihilo d’une usine.
La localisation en Espagne s’inscrit dans une démarche pragmatique : le pays bénéficie d’une main-d’œuvre qualifiée, de coûts compétitifs et d’une proximité avec les marchés clés du sud de l’Europe. Cette proximité est notamment utile pour distribuer les voitures vers la France, l’Italie et le Portugal. Cela crée une véritable porte d’entrée pour le constructeur chinois dans le continent.
Plus concrètement, cette usine devrait contourner les droits de douane imposés par l’Union européenne sur les voitures électriques importées directement de Chine, permettant ainsi à Chery d’ajuster ses prix tout en améliorant sa réactivité aux demandes locales. Ce choix met en lumière l’importance de la localisation dans le secteur automobile contemporain, où la chaîne d’approvisionnement et la flexibilité jouent un rôle déterminant.
Par ailleurs, ce site espagnol est aussi destiné à intégrer progressivement un écosystème de fournisseurs locaux. Au-delà de l’assemblage de pièces importées, le projet vise une production plus intégrée, comprenant des activités de tôlerie, de peinture et de soudure. Cette volonté d’une montée en gamme dans la production européenne différencie Chery de simples opérations d’assemblage à bas coût que l’on retrouve parfois dans le secteur.
Le processus a néanmoins connu des retards importants. Initialement envisagée pour début 2024, la production complète en Espagne n’a démarré qu’en 2026, et de façon progressive. Actuellement, seules des opérations d’assemblage partiel, dites SKD (Semi Knocked Down), sont en cours via la marque partenaire locale EV Motors. Ce montage à partir de kits complets permet de lancer une activité industrielle tout en préparant les étapes suivantes d’une production plus complète.
Les premiers modèles et leur rôle dans la stratégie de lancement
La production organisée par Chery en Espagne vise d’abord à répondre aux attentes spécifiques du marché européen. Le SUV Omoda 5, premier véhicule prévu pour être assemblé de manière plus complète dans l’usine, joue un rôle essentiel dans cette phase. Ce modèle est disponible en plusieurs variantes : versions essence, hybride et électrique. Sa polyvalence séduit un large public européen, notamment en Espagne où il rencontre déjà un succès commercial appréciable.
Le choix d’un SUV pour cet investissement n’est pas un hasard. Ce segment constitue actuellement le plus dynamique du marché automobile européen, et la demande en modèles électrifiés ne cesse d’y croître. Le SUV Omoda 5 apparaît ainsi comme un compromis entre les attentes traditionnelles et les nouvelles normes énergétiques, ce qui est crucial pour capter l’intérêt du consommateur européen.
Le second modèle phare sera le Jaecoo 7. Ce véhicule est commercialisé en versions essence et hybride rechargeable, ce qui correspond à une tendance forte sur plusieurs marchés européens, notamment au Royaume-Uni. Le Jaecoo 7 a su s’imposer rapidement, se classant au deuxième rang des automobiles les plus vendues au Royaume-Uni en début d’année, ce qui démontre l’efficacité de la stratégie produit développée par le constructeur chinois.
Ces modèles, marqués par la présence de versions hybrides rechargeables, attestent d’une orientation technologique adaptée. Cette orientation répond non seulement aux critères d’émissions, mais également à la demande croissante en mobilité flexible. Une étude de marché récente montre que l’hybride rechargeable, tel que proposé chez Jaecoo 7 et Omoda 5, devient un segment stratégique en Europe, mixant autonomie et performance.
L’arrivée progressive de Chery en Europe s’inscrit donc dans une prise de position mesurée et ciblée, alliant modèles adaptés et localisation partielle de la production. Cela permet de renforcer la compétitivité tout en tenant compte des spécificités communautaires, particulièrement dans la logique de transition vers les véhicules électriques et hybrides.
Un chantier industriel complexe : montées en puissance et partenariat local
Le lancement d’une production à grande échelle n’est jamais un processus linéaire. La reprise de l’ancienne usine Nissan, fermée en 2021, implique des défis spécifiques liés à la rénovation de l’équipement et à la formation des équipes. Chery mise en partie sur un transfert de savoir-faire à travers le partenariat industriel avec EV Motors, entreprise locale chargée d’assurer l’assemblage partiel des premiers véhicules.
Cette collaboration se caractérise par une stratégie d’acculturation industrielle. Le savoir-faire initialement limité à des opérations équipées en composants importés doit progressivement évoluer vers une production intégrée. Cette étape comporte plusieurs volets :
- Formation des opérateurs locaux : familiarisation avec les technologies spécifiques à Chery, méthodes de fabrication et normes européennes.
- Adaptation des équipements : remise à niveau des lignes de production pour accueillir la tôlerie, la peinture et la soudure.
- Intégration de fournisseurs européens : développement d’un écosystème local pour réduire les délais et les coûts logistiques.
La montée en puissance progressive permettra à l’usine de Barcelone d’atteindre des volumes ambitieux. Chery vise une cadence annuelle de 150 000 unités à l’horizon 2029, un objectif qui répond à la fois à une demande croissante sur le continent et à la volonté du groupe de se positionner durablement dans l’industrie automobile européenne.
Pour illustrer ce projet d’ampleur, il suffit de considérer l’impact économique local. La réactivation d’une usine de cette taille redonne du travail à plusieurs milliers de personnes, entre emplois directs dans la fabrication et indirects dans les services et sous-traitances. Autre bénéfice attendu : le transfert technologique pour une industrie automobile européenne en pleine mutation.
Contexte européen et enjeux du lancement industriel de Chery en Espagne
Le choix de la production européenne s’inscrit dans un contexte où les constructeurs chinois redoublent d’efforts pour s’adapter aux règles du jeu local. L’Europe impose des exigences strictes sur les émissions et les normes de sécurité, mais aussi sur l’origine des véhicules, notamment pour éviter les surtaxes douanières.
En installant une usine en Espagne, Chery réalise un transfert industriel stratégique, renforçant sa légitimité auprès des consommateurs et des autorités. Cette implantation va au-delà de la simple exportation : elle illustre un engagement concret envers le marché européen. Ce modèle rappelle celui de certains de ses concurrents asiatiques qui ont choisi de reproduire une présence physique pour s’intégrer aux chaînes industrielles et commerciales locales.
De manière plus large, l’Europe est aujourd’hui un terrain d’expérimentation pour plusieurs constructeurs chinois qui souhaitent affirmer leurs positions. À ce titre, la montée en puissance de Chery en Espagne s’accompagne d’un fort intérêt pour les véhicules électriques et hybrides, segments où la demande est exponentielle.
Les plateformes technologiques développées en Chine, adaptées pour répondre aux besoins européens grâce au centre de Francfort, illustrent une synergie entre innovation et localisation. Chery entend jouer un rôle nourri dans les mutations du secteur, dont l’électrification et la digitalisation des véhicules sont des piliers.
L’investisseur chinois mise également sur une diversification des marchés d’export, avec une partie de la production espagnole destinée à l’Amérique du Sud, créant ainsi une dynamique industrielle et commerciale transcontinentale.
Perspectives et défis pour Chery dans l’industrie automobile européenne
Les ambitions du groupe chinois doivent être mises en perspective avec les exigences du marché européen, notamment en matière de sécurité, fiabilité et innovations technologiques. Le lancement de la production en Espagne marque une phase déterminante, mais pas la fin des efforts à fournir.
Chery devra conjuguer qualité industrielle et compétitivité tarifaire. Réussir à convaincre un public européen exigeant nécessite plus que des volumes : cela implique une maîtrise complète des processus de fabrication, une bonne gestion des fournisseurs et une vigilance constante sur les évolutions réglementaires.
Parmi les défis à relever :
- Maîtriser la montée en cadence : passer de la phase SKD à une production totale locale sans rupture de qualité.
- S’adapter aux normes en constante évolution : sécurité, émissions, connectivité embarquée.
- Maintenir l’innovation produit : intégrer des technologies adaptées au marché européen, notamment en matière hybride et électrique.
- Construire une image de marque solide : dépasser les préjugés liés aux constructeurs chinois en s’appuyant sur la qualité et la fiabilité.
Cette trajectoire promet d’influencer la concurrence, en particulier face aux autres acteurs chinois comme MG, qui a réussi à s’imposer durablement en France, ou Xiaomi qui connaît un succès croissant sur le continent. Il s’agit là d’un enjeu direct sur la perception et l’acceptation des véhicules fabriqués par Chery, au cœur des attentes des automobilistes européens.
Pour suivre au mieux cette montée en puissance, il est utile de consulter régulièrement les mises à jour autour de la production Chery en Espagne comme celles relayées par les spécialistes du secteur automobile européen.